Passer d’un contrat 35h à un contrat 39h par semaine, ou négocier les conditions d’un 39h dès l’embauche, soulève une question que beaucoup de salariés se posent trop tard : est-ce que je vais vraiment gagner plus, ou est-ce que je vais simplement travailler plus ? La réponse dépend de ce qui est écrit dans le contrat, et de ce que vous avez pensé à demander avant de signer.
Ce que le contrat 39h implique vraiment sur votre rémunération
Un contrat à 39 heures par semaine repose sur un principe simple : les quatre heures travaillées au-delà des 35 heures légales sont des heures supplémentaires. Elles doivent donc être rémunérées avec une majoration.
Mais voici le point que beaucoup ratent : la majoration peut être fixée par accord collectif, et non automatiquement au taux légal. Sans accord d’entreprise ou de branche sur ce point, le taux prévu par le Code du travail s’applique. Il faut donc demander quel accord collectif régit votre situation avant de signer.
Autre piège courant : le salaire annoncé peut déjà intégrer le paiement de ces heures supplémentaires. Dans ce cas, elles sont « noyées » dans le salaire global. Ce n’est pas illégal, mais c’est difficile à lire sur le bulletin de paie si ce n’est pas précisé par écrit.
Avant toute signature, demandez une simulation écrite qui distingue clairement le salaire de base, le nombre d’heures supplémentaires incluses dans ce salaire, leur taux de majoration, et ce qui se passe si vous travaillez au-delà des 39 heures.
Négocier le salaire d’un contrat 39h : comparer sur une base honnête
Vous comparez une offre en 39h avec votre poste actuel en 35h ? Il faut raisonner sur une base annuelle et à volume de travail comparable, sinon la comparaison ne tient pas.
Un salaire mensuel plus élevé peut en réalité simplement compenser les heures supplémentaires intégrées, sans aucun gain réel. Pour éviter de vous laisser impressionner par un chiffre brut, posez la question directement : quelle est la rémunération pour 35 heures, et quel est le montant ajouté pour les 4 heures supplémentaires ?
Demandez une simulation écrite avant de signer. Cette demande est légitime et un employeur sérieux n’hésitera pas à la fournir.

Les avantages à vérifier point par point lors de la négociation
Le salaire n’est qu’une partie de l’équation. Quand on passe à 39h, certains avantages peuvent changer sans que ce soit explicitement annoncé. Voici les points à vérifier avant de signer :
- Les RTT : dans certaines entreprises, un accord permet de transformer les heures supplémentaires en jours de repos compensateurs (RTT) plutôt qu’en paiement. Si cet avantage existe, vérifiez qu’il est maintenu ou proposé dans votre contrat 39h, et demandez combien de jours cela représente concrètement sur l’année.
- La mutuelle et la prévoyance : ces avantages sont souvent liés à la convention collective ou à un accord d’entreprise. Ils ne devraient pas changer avec un passage à 39h, mais vérifiez que votre contrat mentionne explicitement l’accord applicable.
- Les primes et indemnités : certaines primes sont calculées sur la base du salaire conventionnel ou sur le nombre d’heures travaillées. Une prime de 13e mois, une prime de transport ou un ticket-restaurant peuvent être impactés si la base de calcul change. Posez la question pour chaque prime existante.
- Les congés payés : la durée légale ne change pas avec un 39h. Mais si votre convention collective prévoit des jours supplémentaires selon le statut ou l’ancienneté, vérifiez que votre contrat en fait mention.
Comment formuler vos demandes sans bloquer la négociation
Vous avez identifié les points à renégocier. Reste à les formuler sans mettre l’employeur sur la défensive.
L’erreur classique est d’arriver avec une liste d’exigences. La méthode qui fonctionne mieux : poser des questions avant de formuler des demandes. « Pouvez-vous m’expliquer comment sont traitées les heures supplémentaires dans ce contrat ? » ouvre un dialogue. « Je veux une majoration à 25 % » ferme la discussion.
Préparez deux ou trois points non négociables et distinguez-les des points sur lesquels vous pouvez faire des concessions. Par exemple : la clarté du salaire de base est non négociable, mais vous pouvez accepter que les heures supplémentaires soient prises en RTT plutôt qu’en paiement si le nombre de jours est garanti par écrit.
Si l’employeur refuse de préciser certains points à l’écrit, c’est un signal. Un contrat de travail vaut ce qui y est écrit, pas ce qui a été dit à l’oral.
Les clauses à faire préciser ou ajouter dans un contrat 39h
Certaines clauses sont rarement proposées spontanément par l’employeur, mais elles protègent réellement le salarié sur la durée.
- La clause de forfait ou de globalisation des heures supplémentaires : si le salaire intègre déjà les heures supplémentaires, cette clause doit préciser exactement combien d’heures sont couvertes par ce forfait, à quel taux, et ce qui se passe au-delà. Sans cette précision, vous ne pouvez pas contrôler votre bulletin de paie.
- La clause relative aux heures au-delà de 39h : que se passe-t-il si votre employeur vous demande régulièrement de travailler 42 ou 44 heures ? Ces heures doivent être traitées selon les règles légales ou conventionnelles. Le contrat doit au moins renvoyer explicitement à la convention collective applicable.
- La clause de révision salariale : dans un contrat 39h où les heures supplémentaires sont intégrées au salaire, il est utile de préciser la date ou la condition à laquelle le salaire de base sera revu, indépendamment des heures supplémentaires.
Vérifier la convention collective avant de négocier
La convention collective de votre secteur est souvent plus favorable que ce que l’employeur mentionne spontanément. Elle peut prévoir des taux de majoration plus élevés, des droits à RTT spécifiques, ou des règles sur la durée maximale hebdomadaire.
Vous pouvez la consulter gratuitement sur le site du ministère du Travail. Connaître la convention collective applicable est la meilleure préparation à une négociation de contrat 39h. Cela vous permet de distinguer ce que l’employeur est obligé de vous accorder de ce qui relève de sa seule décision.
Si une clause de votre contrat est en dessous des garanties prévues par la convention collective, elle est sans effet. L’employeur ne peut pas vous proposer moins que ce que la convention prévoit, même si vous avez signé.
Négocier un contrat 39h sans perdre en avantages demande surtout de savoir ce que vous avez déjà, ce à quoi vous avez droit, et ce que le contrat dit vraiment. Avec ces trois repères en tête, la négociation devient beaucoup plus concrète.

